1/J.S.Bach, Six Sonates et Partitas pour violon seul

Lorsque, en 1949, Sasha enregistra ces œuvres pour Mercury Records, le début de la séance d'enregistrement fut catastrophique: rien n'allait! Il recommença le lendemain soir. La séance dura jusqu'à 2 heures du matin et les 6 Suites furent enregistrées en une seule session.
Sasha devait renouveler cette performance (les 6 Sonates et Partitas en une seule séance) lors d'un récital à Toronto, en décembre 1950. Un groupe d'amis, présent dans la salle, lui avait promis une bouteille de scotch après le concert. Avant de jouer la 6ème suite, Sasha, assoiffé, chercha son scotch dans les coulisses mais ne trouva que du coca-cola. Dépité, il sortit de la salle pour aller se désaltérer à l'extérieur et revint terminer son récital!   

 

2/ Beethoven, 4ème Concerto pour piano

Ce disque ne figure, à notre connaissance, dans aucun catalogue. Nous avons eu l'heureuse surprise de le découvrir en achetant, aux Etats-Unis, les Mémoires de Mieczyslaw Horszowski, édités à Gênes par Madame Bice Horszowski Costa.

Outre ce concerto, Mieczyslaw  Horszowski interprète   le Prélude et Fugue en la mineur (BWV 894) de J.S.Bach, 4 Mazurkas Op.41, Impromptu N°1, Op. 29 en la bémol majeur de  F.Chopin (Philadelphie, 2/12/1977), Nocturne N°5, Op.15 en en fa dièse majeur de F.Chopin (Florence, 6/08/1983). Sur le même disque deux extraits des 6 chants sur des poèmes français composés par Horszowski : Jane (Lecomte de Lisle) par Kyoto Saito (soprano) et Bice Horszowski (piano) (Tokyo, 12/10/1977) et Sérénade (Edouard Grenier) par John Humphrey (ténor) et Cynthia Raim (piano) (Festival de Marlboro, 24/07/1996)

 

3/  Beethoven, Trios 5 en ré majeur et 8 en si b majeur

C'est en juillet 1954 à l'occasion du Festival de Stratford, au Canada, que Sasha retrouva la violoncelliste Zara Nelsova, élève de Pablo Casals, qu'il avait rencontrée à Prades en 1948, et fit la connaissance de Glenn Gould, alors peu connu hors du Canada. La répétition fut houleuse: Gould était arrivé avec une idée personnelle de l'interprétation du trio « des esprits » et prétendait jouer allegretto le premier mouvement, noté prestissimo par Beethoven. Sasha indiquant qu'il avait toujours joué prestissimo avec de grands pianistes comme Schnabel ou Serkin, Gould répondit qu'ils avaient tous tort. Sasha demanda alors à Gould combien de fois il avait interprété cette œuvre: c'était la première. Sasha lui faisant remarquer que, lui, l'avait jouée des centaines de fois, Gould répondit, avec l'insolence de la jeunesse qu'il avait toujours considéré que la qualité importait plus que la quantité! Finalement, Sasha explosa de colère lorsque, ayant proposé de terminer l'enregistrement par l'allegretto posthume (WoO 39),  Gould lui  déclara: " Que cette musique est ordinaire"!
Mais Sasha avait su reconnaître le génie de Gould. Six mois plus tard, le 10 janvier 1955, au cours d'un dîner, David Oppenheim, le directeur de la Division Masterworks de Columbia écoutant un disque de Dinu Lipatti avec Sasha lui dit: "Si je trouvais un pianiste comme Lipatti, je ferais tout pour qu'il enregistre chez Columbia" Sasha répondit:" Je connais un jeune pianiste comme Lipatti…il est un peu fou mais au piano, il produit un effet hypnotique remarquable. Il donne un récital demain au Town Hall". Le lendemain, Oppenheim assistait au récital, le contrat d’exclusivité de Glenn Gould avec la Columbia était signé en mai et, entre le 10 et le 16 juin 1955, il enregistrait les Variations Goldberg de J.S. Bach qui devaient rester le disque Columbia le plus vendu.

4/Brahms, Quintette en sol majeur Op.111

Isaac Stern, dans ses mémoires page 114, raconte que Pablo Casals, victime d'une petite attaque cardiaque, dut interrompre une répétition de ce quintette en juin 1952, à Prades mais les répétitions continuèrent, Paul Tortelier reprenant la partie de violoncelle. Un soir, après avoir dîné au Grand Café, l'un des interprètes (I.Stern ne précise pas lequel, mais on peut imaginer Sasha dans ce rôle) proposa d'aller enregistrer cette œuvre dans la petite école transformée en studio par Columbia. Les ingénieurs du son réveillés, l'enregistrement commença. Vers deux heures du matin les compagnes furent priées d'apporter de quoi sustenter les artistes et la séance continua jusqu'à ce que l'œuvre soit totalement "dans la boîte". Pour Isaac Stern: "C'est l'une des séances d'enregistrement les plus agréables de la cinquantaine d'années durant lesquelles j'ai fait des disques…Nous savions tous que la musique était là et nous sentions que la musique et le grand violoncelliste continueraient toujours."

5/ Dvorak, Concerto pour violoncelle et orchestre en si mineur Op.104

Cet enregistrement réalisé à Puerto Rico en 1960, a été retiré de la vente peu après sa publication, à la demande formelle de Madame Casals. Ce disque est rarissime mais en
l'écoutant…on comprend les réserves de Madame Casals.

6/ Griffes, Two sketches based on Indian Themes,
Mozart, Quatuor à cordes 15 en ré mineur, K.421

Mozart, Quatuor à cordes 18 en la majeur, K.464

Ces trois enregistrements, effectués en 1943, sont les seuls contemporains de la grève "Petrillo" du nom du Président de la Fédération Américaine des Musiciens qui exigeait que les musiciens perçoivent des royalties chaque fois que leurs enregistrements étaient diffusés. Du 1/8/1942 au 11/11/1944, et malgré l'intervention personnelle du Président Roosevelt, les grandes compagnies, et notamment Columbia, se trouvèrent dans l'impossibilité d'enregistrer. Les disques ci-dessus sont issus d'enregistrements "live" de la Bibliothèque du Congrés (organisme gouvernemental non concerné par la grève) non publiés à l'époque et édités par "Bridge Records", plus de 50 ans après.
  
7/ Haydn, Quatuors à cordes.

En 1949, la HAYDN SOCIETY de Boston proposa à Sasha d'enregistrer l'intégrale des 83 Quatuors de Haydn. Dés 1931, à Hambourg, avec son quatuor, il avait mis quatre jours à déchiffrer cette œuvre, ne s'arrêtant que pour manger et dormir! La proposition de la HAYDN SOCIETY lui donnait l'occasion de faire mieux connaître ce monument musical.
Les enregistrements furent réalisés, entre 1950 et 1953, par Columbia à New York, à l'exception des 6 pièces de l'Opus 17 qui furent enregistrées à Prades en 1950, où Columbia avait installé un studio. Le "Quatuor Schneider", outre Sasha (premier violon), était composé de Isidore Cohen (second violon), Karen Tuttle (Alto) et Herman Busch (violoncelle). Herman Busch était le frère du violoniste Adolf Busch et du chef d'orchestre Fritz Busch.
Malheureusement, la HAYDN SOCIETY fit faillite avant la fin de l'intégrale qui ne fut jamais achevée: il manque les quatuors 13 à 24 et 57 à 74.
Pour la petite histoire, il faut noter que au moment où, en 1931 à Hambourg, Sasha déchiffrait ces quatuors, le Quatuor Pro Arte entreprenait l'enregistrement de l'intégrale. Cette intégrale, comme celle du Quatuor Schneider resta inachevée. Rappelons que c'est le retour en Europe du Quatuor Pro Arte en 1939 qui donna l'occasion aux Budapest de s'installer définitivement aux Etats-Unis!

8/ Joseph Lanner

Lorsque le Quatuor de Budapest était en résidence à la Bibliothèque du Congrès à Washington, Sasha y découvrit toute une série de transcriptions pour piano des œuvres de Lanner. Il n'avait jamais oublié la jeune Belge, nommée Kitty, qui, en 1926, à Francfort, lui avait appris à valser.  Sasha avait un sens profond de cette musique et de son rythme, au point que quelqu'un a pu dire qu'avec Willy Boskowsky, il en était le meilleur interprète. Il retranscrivit ces partitions pour quintette à cordes et ses interprétations, débarrassées de la lourdeur des grosses machines orchestrales, sont un ravissement pour l'oreille et pour l'âme.

9/ Mendelssohn, Trio 1 en ré mineur
 
Enregistrement d'un concert donné le 13 novembre 1961, à la Maison Blanche à Washington, à l'invitation du Président et de Madame J.F. Kennedy, en l'honneur du Gouverneur de Puerto Rico, Luis Munoz Marin. Le Président Kennedy voulait ainsi témoigner sa gratitude aux électeurs Portoricains dont le vote, selon de nombreux experts, avait permis son élection à la Présidence des Etats-Unis.
Sasha raconte qu'à l'époque, la jeune femme de Casals, Martita, venait d'acheter une Cadillac d'occasion que son mari n'aimait pas parce qu'il considérait que c'était une voiture pour "millionnaire". En arrivant à la Maison-Blanche, Casals aperçut, à la place de l'habituel piano de 9 pieds, un instrument de 11 pieds, réalisé spécialement par Steinway pour la Présidence et souffla à Sasha "Ce piano me rappelle ma Cadillac".

 
L'enregistrement intégral du concert comporte également des pièces extraites des "Goûts Réunis" de Couperin, l'Adagio et l'Allegro en la bemol Op.70 de Schumann et (en bis) le "Chant des Oiseaux", joués par Pablo Casals et Mieczyslaw Horszowski, qui, lui-même n'était guère enthousiasmé par le piano de la Maison Blanche ! 

10/ Mozart, Concertos pour piano 14,16,17,21,23,27.
Enregistrements réalisés avec Rudolf Serkin et le Columbia Symphony Orchestra.
Cet orchestre était constitué au début des années 50 par des membres du New York Philharmonic, du Metropolitan Opera Orchestra et du NBC Symphony. Les concertos 16, 21, 23, 27 sont contemporains (1955) des enregistrements monoraux de Bruno Walter avec ce même orchestre, qu'il ne faut pas confondre avec la formation constituée spécialement, en 1957, pour les enregistrements stéréo de Bruno Walter, avec les meilleurs musiciens "freelance" de la côte ouest des Etats Unis.

 

11/ Mozart, 6 Danses allemandes K. 571

Ce disque produit par BBC LEGENDS en 2004 et consacré à Rudolf Serkin comprend  le Prélude et Fugue K. 394 de J.S.Bach (Londres, Royal Festival Hall, 13 mai 1968) et les concertos pour piano 12 et 20 de Mozart, dirigés par Sasha à Londres, Guildhall, 23 juillet 1966. C'est à la demande expresse de Peter Serkin, en hommage à Sasha, qu'ont été ajoutées ces 6 Danses allemandes enregistrées le même jour.

 

12/ Mozart, 6 Quintettes à cordes

Le chant du cygne : ces enregistrements réalisés en décembre 1965 et février 1966 sont les derniers du Quatuor de Budapest.
    

13/ Mozart, Sonates pour violon et piano
Dés 1945, Sasha et son ami Kirkpatrick jouèrent ces sonates en tournée en Amérique et en Europe avec un immense succès…sauf auprès de certains critiques qui hurlaient au scandale en entendant la partie de piano interprétée au clavecin. On peut regretter que, à notre connaissance, l'éminent musicologue qu'était Ralph Kirkpatrick n'ait jamais formulé son point de vue sur ces critiques.
 

14/ Schubert, Trio 4 (Sonatensatz) D929

Le 27 octobre 1953, Pablo Casals écrivait à Mieczyslaw Horszowski:"…Les enregistrements de 1952 ne sont pas encore arrivés. J'attend les Trios de Schubert et Schumann avec beaucoup d'impatience. Surtout, je dois le reconnaître, le Schubert, qui m'a paru être une interprétation d'une rare beauté...".
 
15/ Stravinsky, Histoire du Soldat

Stravinsky et Sasha lors de l'enregistrement                

Lors de l'enregistrement d'Histoire du Soldat, Stravinsky, qui dirigeait, arrêta la répétition du mouvement "Tango" que jouait Sasha et lui dit:      
" Sasha, je n'ai pas écrit…Yum…ta Ta, tatatatataTum, j'ai écrit…Yum…ta, Ta, ta, ta-ta-ta-taTum". Et Sasha de répliquer: " Igor, n'avez-vous jamais dansé un tango à Paris ?" Et il se mit à danser le tango dans le studio Columbia en s'écriant: "Je dois jouer Yum…ta Ta, tatatatata…et non…..".               
Stravinsky admit que l’interprétation de Sasha convenait mieux que sa propre conception ! L'enregistrement en témoigne. (Rapporté par Loren Glickman, basson de l'enregistrement)
(Pour éviter toute confusion, précisons que cette scène se déroulait en janvier 1954…et que le film "Dernier Tango à Paris" avec Marlon Brando est de 1972!)
Curieusement, une anecdote comparable est racontée par Pierre Amoyal qui, consultant un jour son maître Jascha Heifetz sur la façon d'interpréter la Havanaise de Saint-Saëns, s'entendit répondre:" Ce qui te manque c'est de n'avoir jamais dansé la havanaise avec une jolie femme de La Havane" et Heifetz se mit à danser tout seul en fredonnant le thème.
Il faisait très froid en janvier 1954 à New York et Stravinsky avait jugé utile de se munir d'une bouteille d'un très bon Scotch de 25 ans d'âge! L'enregistrement dura de 23h30 à 3h du matin et, en sortant, les musiciens étaient affamés. Ils s'engouffrèrent tous avec leurs instruments, y compris Julius Levine avec sa contrebasse, dans le seul établissement ouvert: le Stagecoach Delicatessen. Lorsque le patron s'approcha et s'écria "Garçons, j'ai la meilleure "matzoh ball" soupe du monde.", le batteur Alfred Howard lui répondit, montrant Stravinsky:" Savez-vous que cet homme est le plus grand compositeur russe du monde ? ". Strawinsky se tourna alors vers Sasha et lui dit "Il va croire que je suis Rachmaninoff." Mais le patron répliqua: "C'est peut-être le plus grand compositeur russe mais ma "matzoh ball" soupe est la meilleure du monde." (La "matzoh ball" est un plat typiquement juif, à base de bouillon de poule.)

16/ 56 ans d'enregistrements !

Sasha affirme, dans ses mémoires, que ses premiers enregistrements, avec le Quatuor de Budapest, furent la Sérénade Italienne de Wolf et le Quatuor 12 (Quartettsatz) de Schubert, réalisés à Berlin en 1934. C'est une erreur: si le Quartettsatz date bien du 8 avril 1934,la Sérénade Italienne est du 18 novembre 1932. Son premier enregistrement connu est, en réalité, celui du Quatuor à cordes K 465 de Mozart effectué, à Berlin, le 14 novembre 1932.
Son dernier disque publié est l'enregistrement "live" du concert donné avec le Chamber Orchestra of Europe pour son 80ème anniversaire au Royal Festival Hall de Londres, en octobre 1988, avec le Concerto pour hautbois de Marcello, le Rondo pour cor et la Symphonie N°25 de Mozart, la Valse de l'Empereur de Strauss, le Concerto pour basson de Vivaldi et…56 ans plus tard, la Sérénade Italienne de Wolf dans sa version pour orchestre!