9. MEMOIRES DE SASHA

Sasha a laissé des mémoires, publiés à New York en 1988, à compte d'auteur sans doute parce que son anglais aurait désespéré un éditeur "sérieux". Il parlait l'anglais, l'allemand, le français, le russe, le yddish, toutes ces langues plus mal les unes que les autres, empruntant sans vergogne à l'une ou à l'autre. Il est vrai que lorsqu'il criait "Merde, toi" sa formule habituelle pour exprimer son désaccord, les non-francophones pouvaient être quelque peu désorientés! Sans compter son célèbre "Schmoekadores", un mot de son invention, qu'il utilisait dans toutes les langues, pour remplacer n'importe quel terme, musical, culinaire ou insultant.
Henry Hutchinson, premier violon de l'Orchestre Symphonique de Puerto Rico, raconte que, au cours d'une répétition récente de la 9ème de Beethoven pour laquelle l'orchestre utilisait le matériel qui avait servi, autrefois, pour le Festival Casals, tournant une page du dernier mouvement, il découvrit, écrite de la main de Sasha, cette injonction:" Schmoekadores off ". Hutchinson, en pleine répétition, ne put s'empêcher d'éclater de rire, en se rappelant les hurlements de Sasha lorsqu'il faisait répéter l'orchestre du festival.
Il est vrai que quiconque a été un jour traité de "Schmoekadores" ne peut évoquer Sasha sans un sourire ému. 
Ce livre reste un document unique, par un acteur  privilégié de la musique du 20ème siècle. Il y raconte la vie extraordinaire d'un petit juif de Vilnius que rien, sauf l'opiniâtreté paternelle, ne destinait à devenir un musicien universellement reconnu, qui fut l'ami des plus grands, peintres, photographes, écrivains, acteurs, politiciens. Un défilé impressionnant: de Jean Giraudoux à Albert Einstein, de Roosevelt à Kennedy, de Golda Meir à Nabokov. Mais c'est évidemment ses relations (cordiales ou critiques) avec les plus grands musiciens du 20ème siècle qui constituent des témoignages irremplaçables: Furtwangler, Klemperer, Celibidache, Walter, Toscanini, Kleiber, Gitlis, Heifetz, Kreisler, Milstein, Menuhin, Stern, Oistrakh, Casals, Piatigorsky,  Horszowski, Rubinstein, Schnabel, Serkin, Fischer, Gieseking, et tant d'autres pour lesquels il nourrissait une profonde admiration et dont beaucoup étaient ses amis très chers.

Il faut souhaiter qu'un éditeur français comprenne l'intérêt de publier ce document où la passion de la musique éclate à chaque page et qui ferait le bonheur de tant de mélomanes. Nous en tenons un exemplaire à disposition.